WELCOME TO SARAJEVO

Cinéma et télévision en Bosnie

Welcome to Sarajevo n'est pas seulement un film sur la guerre en Bosnie, c'est aussi et surtout un film sur le journalisme de guerre, pointant les dilemmes, les problèmes de déontologie inhérents à ce statut ambigu de témoin dans un conflit étranger. D'ailleurs la place du reporter (passant de la non intervention du journaliste à l'adoption d'une jeune Bosniaque) devient vite la seule assumable pour le réalisateur et le spectateur; dès lors le principe d'identification devient primordial.

Le film amorce donc une réflexion sur la place des médias dans la guerre, sur la couverture médiatique des événements et sur le filmage de type télévisuel. La tragédie bosniaque sous le feu croisé des caméras a été particulièrement éloquente : la crise yougoslave a débuté à l'antenne lorsque Milosevic fit sa déclaration ultra-nationaliste au Kosovo et mit le feu au poudre; puis un flot d'images de guerre ont envahi nos journaux de 20 heures, oscillant entre le vide d'un filmage virtuel (type Guerre du Golfe) et l'excès de présence (syndrome CNN).

Winterbottom commence son film par un travelling avant dans Vukovar en ruine, tourné juste après que la ville soit tombée aux mains des Serbes. Les images en noir et blanc prennent progressivement des couleurs, marquant le passage à la fiction. Dans la suite du film, la caméra, très mobile, se déplace au rythme des personnages. Elle est souvent portée à l'épaule comme lors de reportages journalistiques.

Le réalisateur va plus loin en tournant de " vraies-fausses " images d'actualité telles que la scène de carnage dans une rue de Sarajevo après l'explosion d'un obus serbe, raccordé avec le regard du cameraman arrivé sur les lieux. Mais il s'agit en fait d'un procédé couramment utilisé par les télévisions anglo-saxonnes, c'est-à-dire de reconstitutions minutieuses, admises tant que les journalistes ne mettent en scène que des informations dûment vérifiées.

Un film militant

Welcome to Sarajevo est le résultat surprenant d'un corps à corps entre caméra et barbarie. Ce film engagé propose des images chocs, présentées dans une forme " rock'n roll " en contraste frappant avec l'horreur des situations : images léchées (superbement photographiées par Daf Hobson), dialogues percutants, inserts vidéo, montage musclé, bande-son composée de morceaux phares des années 90 (Happy Mondays, Stone Roses, The House of Love...).

Tiraillé entre désir d'éthique, soucis didactique et volonté de frapper les esprits, Winterbottom brouille les pistes. Son approche est à l'opposé de celle de Volker Schlöndorff, dans Le Faussaire (1981),qui présentait le parcours d'un journaliste allemand à Beyrouth, en pleine guerre du Liban.

Cependant, bien que le réalisateur ait conçu Welcome to Sarajevo comme " un film de réaction immédiate et de provocation, et non pas une analyse politique et historique ", on peut y lire une féroce critique du non-interventionnisme occidental et une mise en perspective des limites de l'engagement humanitaire.

Le film a été tourné pendant la guerre mais est sorti 2 ans plus tard, après la fin de la guerre, ce qui lui fait perdre un peu de son caractère " sur le vif ", mais pas de sa fonction d'aide mémoire, réactualisant un passé qui se résume pour beaucoup au souvenir confus d'images télévisuelles banalisées par le temps.

Winterbottom a voulu témoigner sur un peuple décidé à survivre à tout prix et surtout donner une chance au présent : Sarajevo a besoin d'investissements étrangers pour se reconstruire et Winterbottom a fait un petit pas dans cette direction, employant plus de 100 Sarajeviens, collaborant avec les sociétés de productions locales, dépensant plus d'un million de livres pour réaliser son film.

  • Grande-Bretagne - 1997 - 1H40
  • Titre original : Titre
  • Réalisation : Michael Winterbottom d'après le roman de Michael Nicholson Natasha's Story.
  • Interprètes : Stephen Dillane (Henderson), Woody Harrelson (Flynn), Emira Nusevic (Emira).
Film et culture