Un jour sans fin met en place un dispositif simple : Phil Connors est condamné à revivre indéfiniment la même journée dans une petite ville coupée du monde par le blizzard. Il lui appartiendra d'explorer les avantages et les désagréments de cette situation, de surmonter les embûches de la répétition. Le caractère véritablement original du film repose sur la manière dont la mise en scène parvient à maintenir l'intérêt du spectateur à l'intérieur de ce cadre rigide, grâce à une subtile rhétorique.
Harold Ramis confère à l'usage de l'ellipse un rôle dramaturgique important. Il s'en sert notamment pour monter des scènes analogues (les gifles, les suicides, le réveil, etc.) dont le comique repose sur la répétition mécanique d'événements survenant aux dépens du héros. L'ellipse est par ailleurs utilisée comme facteur de surprise :
Plus largement, en insistant sur l'aspect répétitif de la vie de Phil par des prélèvements significatifs, le réalisateur joue brillamment des décalages entre récit (le film) et diégèse (la vie de Phil sur une année).
Le spectateur participe à un dispositif jubilatoire dans lequel se combinent attente et surprise. En effet, il comprend très vite le principe du film et peut jouir avec le personnage des manifestations de son omniscience ; il se trouve donc installé par le film dans une grisante situation de maîtrise.
Toutes les péripéties interviennent comme des variations dans un jeu dont il connaît précisément les règles, découvrant ou anticipant tour à tour les événements. A cet égard, les réveils récurrents de Phil, accompagnés de la chanson de Sonny et Cher, fonctionnent comme un scène attendue dont joue le réalisateur pour ré-enclencher le supplice de Phil, renouant à chaque fois le pacte fictionnel avec le spectateur.
Un jour sans fin repose sur un dérèglement du temps qui ordonne la cohérence narrative comme métaphorique du film.
Les deux significations du mot, du point du vue du climat Film et Culture comme de la durée, sont étroitement associées dès le début : des nuages défilent en accéléré sous le ciel bleu. Ces images inscrivent le film sous le signe de la fantaisie et en introduisent le thème principal. En effet la première séquence nous montre Phil comme un présentateur météo : il revendique à ce titre une maîtrise sur le climat comme sur l'avenir.
Or le film va mettre précisément en échec cette double prétention par le blocage du temps (signifié par le retour incessant du réveil), comme du climat (il est emprisonné par un blizzard imprévu).
Par ailleurs la marmotte constitue un élément important du récit . Prénommée Phil, elle est censée indiquer la prolongation de l'hiver. Cet animal constitue un double ironique du héros : le caractère fantaisiste de la méthode de prédiction tourne en dérision la maîtrise supposée de Phil, et l'hibernation de l'animal renvoie soit à la vie morne et grise d'un personnage autosuffisant soit au coup d'arrêt donné à son existence par sa mésaventure hivernale.