UN JOUR SANS FIN

Un parcours initiatique

Phil est au début du film arrogant et cynique, plein de lui-même, il n'a pour les autres que sarcasmes ; le dispositif dans lequel il se trouve enfermé va être pour lui l'occasion d'une remise en question radicale.
On peut remarquer en premier lieu qu'il est précisément puni, par là où il a pêché, c'est-à-dire dans son orgueil, dans cette supériorité affichée sur les autres, dans cette illusion de maîtrise sur les éléments indiquée par son métier ; le poème de Walter Scott récité par Rita marque bien la suffisance du personnage.
Or s'il fait tout d'abord l'expérience euphorique des possibilités offertes par son aventure, de son impunité totale, c'est à l'échec que Phil est rapidement confronté. Il entame dès lors un parcours minutieusement réglé.

L'échec de ses tentatives de séduction marque les limites de la manipulation, du froid calcul, dans le domaine amoureux et détruit son système de valeurs.

Il s'ensuit une dépression qui le mène au suicide. Au cours de cet épisode, il entraîne la marmotte, son double, dans la mort : signe de la destruction de sa personnalité antérieure. En effet, avec l'illusion de maîtrise, c'est le socle même de son image de lui-même qui a disparu.

Dès lors, à l'initiative de Rita, Phil commence à changer de comportement, à envisager son aventure non comme une malédiction mais comme une chance possible. Cette rédemption progressive est signifiée par l'épisode du vieillard, les efforts désespérés de Phil pour le ramener à la vie n'étant pas sans évoquer la légende de St Julien L'Hospitalier, obtenant le pardon divin pour une vie de pêché après s'être allongé auprès d'un lépreux pour le réchauffer. Cet épisode inscrit le film, sans pesanteur ni grandiloquence, dans le registre de la fable morale, sous la forme d'un métaphore évangélique.

Le personnage de Phil quitte alors sa position de spectateur critique du monde, de maître illusoire de l'avenir et du climat pour s'investir dans la création artistique. A une existence inauthentique à force de mépris, il substitue une vie vouée aux autres. C'est la manière même dont il regarde le monde à présent, fruit d'une maturation progressive, qui l'a libéré de son emprisonnement antérieur.

Le dénouement, s'il peut paraître attendu, marque en fait la clôture d'un film qui se revendique de la fable ; le happy end apparaît dès lors comme inhérent à la structure fermée du conte, signant une composition qui vaut surtout par ses brillantes variations sur le schéma contraignant de la quête initiatique.

  • Etats-Unis - 1993 1h43

  • Titre original : Groundhog day
  • Réalisation : Harold Ramis
  • Scénario : Danny Rubin, Harold Ramis
  • Images : John Bailey
  • Interprètes : Bill Murray (Phil Connors}, Andie Mac Dowell, (Rita Han-son), Chris Elliot (Larry), Stephen Tobolowsky (Ned Ryerson}
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