SIXIEME SENS

Le montage

Le réalisateur a opté pour un montage au rythme relativement lent qui sert, d'une part, la narration, d'autre part, le suspense.
Une des caractéristiques (qu'on retrouvera dans Incassable, 2001) du style de M. Shyamalan est l'utilisation de longs fondus au noir. Chaque séquence est séparée des autres par un carton noir de plusieurs secondes. Ce procédé confère à la narration un aspect mesuré. Du point de vue des personnages, cette progression lente, énigmatique est en accord avec leur incompréhension, avec le fait qu'ils buttent contre les limites de leur raisonnement et se trouvent confrontés aux ténèbres. Mais l'utilisation de ces fondus est aussi justifiée par la logique de l'histoire : Malcolm est un revenant qui ne voit que ce qu'il veut voir et qui, entre chaque présence sur terre, retourne au néant. Il s'agit donc encore d'un piège tendu par le réalisateur. Le fondu au noir qui habituellement symbolise une ellipse temporelle de quelques heures ou quelques jours est perçu comme telle par le spectateur. Celui-ci se rendra finalement compte qu'il a eu affaire non à une temporalité objective mais au point de vue subjectif et irrationnel d'un mort.
Le rythme du montage à l'intérieur de chaque séquence est lui-même assez lent. Il entretient une ambiance mystérieuse et pesante mais permet surtout de mettre en valeur les passages plus terrifiants. A quatre ou cinq reprises, l'histoire est violemment interrompue par une série de plans rapides et de visions d'horreur. Cette technique classique est ici accompagnée d'un judicieux emploi du hors champ. Les morts-vivants ne font que traverser l'écran, le regard ne s'arrête jamais sur les blessures, laissant l'imagination du spectateur faire le reste.

Les plans

L'atmosphère froide du film, qui répond à la présence des revenants, est obtenue grâce a une dominante de tons gris. Cette impression de sobriété est augmentée par une composition très structurée des plans. Le photographe Tak Fujimoto qui a notamment travaillé avec Jonathan Demme (Le Silence des agneaux, Philadelphia) multiplie les surcadrages en inscrivant les personnages entre des lignes horizontales et verticales discrètes. Les plans fixes sont la plupart du temps composés de trois ou cinq blocs verticaux dans lesquels sont pris les personnages, ce qui augmente l'impression d'isolement.
L'unité esthétique du film est aussi due à un travail précis des couleurs : on peut remarquer la présence récurrente de deux couleurs dans l'image.
La couleur rouge est inscrite dans la quasi totalité des plans : les murs de brique de Philadelphie, la porte d'une église, la tente de Cole dans sa chambre, la poignée de porte de la cave, etc. Le rouge apparaît à chaque fois que se manifeste la présence des revenants, il évoque la peur, le danger et le sang. La couleur verte intervient en contrepoint du rouge (dont elle constitue la complémentaire). Elle symbolise l'espoir et la vie.
Ces deux couleurs ont donc un rôle thématique et se rejoignent dans certains plans pour figurer le combat manichéen entre le bien et le mal. Ce jeu entre la vie et la mort est omniprésent : la veste et le pull-over de Cole sont rouges, le pull-over de sa mère est vert. Ce jeu s'inscrit en clin d'œil lors de la rencontre d'un médecin (joué par M. Shyamalan lui-même) : un appareil composé de tubes rouges et verts qui s'entremêlent est posé devant lui comme symbole du manipulateur qui emmêle et démêle l'histoire.

  • Etats-Unis - 2000 - 1h 47
  • Réalisation : M. Night Shyamalan
  • Images : Tak Fujimoto
  • Musique : James Newton Howard
  • Interprètes : Bruce Willis (Malcolm Crowe), Haley Joel Osment (Cole Sear), Toni Collette (Lynn Sear), Olivia Williams (Anna Crowe), Trevor Morgan Tommy Tammisimo)
Film et culture