Hiver 1998. Le psychologue Malcolm Crowe fête avec sa femme, Anna, une
distinction remise par le maire de Philadelphie. Le soir même, il est
agressé par un ancien patient, Vincent Gray, qui lui reproche de n'avoir
pas su l'aider et lui tire dessus avant de se suicider.
L'automne suivant Malcolm entame une thérapie sur le jeune Cole Sear,
garçon solitaire qui semble présenter des troubles psychiques.
Rapidement une confiance mutuelle s'installe. Les symptômes de Cole rappellent étrangement
ceux de Vincent Gray et offrent au psychologue l'occasion de se racheter.
Quand Cole révèlera son secret (il voit des morts), Malcolm, dont
les rapports avec sa femme devenue dépressive se dégradent de jours
en jours, comprend que la psychologie est impuissante à
sauver le jeune garçon de ses cauchemars. Il préconise
de l'interner. Lynn, la mère de Cole, malgré sa tendresse
constante, se sent tout aussi désarmée face aux silences
angoissés de son fils.
A force de patience et d'écoute et grâce aux enregistrements des
entretiens avec Vincent Gray, Malcolm découvrira l'existence réelle
des spectres de Cole. Commence alors un dialogue difficile avec les fantômes.
Débarrassé de sa peur, Cole accepte de communiquer avec sa mère.
Il libère aussi Malcolm de son sentiment de culpabilité.
Cet apaisement amènera Malcolm à découvrir la vérité
sur ses rapports avec Cole et sur l'indifférence de sa femme :
il est lui-même un spectre, assassiné en hiver 1998 par
Vincent Gray.
Sixième sens est un film de genre. Il appartient à une
tradition particulièrement florissante du cinéma nord américain
: le film fantastique, dont le principe est de mettre le monde réel
en présence de phénomènes incompatibles avec les lois
naturelles. Le film de M. Shyamalan s'y conforme
à travers le personnage de Malcolm Crowe en confrontant la rationalité
du psychologue et les visions macabres de Cole Sear.
Loin des monstres classiques comme Dracula ou la créature de Frankenstein,
très présents dans le cinéma d'avant-guerre, Sixième
Sens fait partie du nouveau fantastique américain inauguré
par des réalisateurs comme Roman Polanski avec Rosemary's
baby (1968).
Un fantastique qui met l'accent sur l'identification des spectateurs
avec les personnages en situant l'action dans un univers quotidien aux
décors banals et familiers.
En cela il est comparable à des films d'ordre plus psychologique, aux
atmosphères étranges ou imprégnées de terreur et
d'angoisse comme Shining (Stanley Kubrick, 1980), Poltergeist (Tobe
Hopper, 1982) ou Ghost (Jerry Zucker, 1990). Des uvres qui abordent
le surnaturel en délaissant les effets spectaculaires au profit d'un atmosphère
d'angoisse diffuse. Une approche héritée du réalisateur
français Jacques Tourneur dont les films fantastiques des années
quarante (La Féline, Vaudou, etc.) montrent des personnages
menacés par un danger latent dans des drames où les péripéties
sont nivelées.
Le scénario de M. Shyamalan va donc s'évertuer à
atténuer les effets d'épouvante en les limitant à
quelques scènes dans le film. Les fantômes seront, la plupart
du temps, montrés de loin ou de manière très rapide.
La présence des revenants n'est signifiée que par des signes
indirects comme les tiroirs qui s'ouvrent d'eux-mêmes, la température
qui descend en flèche ou des éclairs discrets près
de Cole sur des photographies.
Malgré tout, les procédés propres au genre fantastique sont
employés : les ombres qui révèlent une nature cachée
ou la dangerosité d'une situation, les plans sur des statues de bronze,
les décors gothiques, d'une église ou les angles de prise de vue
vertigineux.
Autre procédé fréquent dans le cinéma fantastique
et dans les thrillers : la révélation finale (twist) qui vient
bouleverser l'idée que le spectateur s'était faite du film. Dans
Sixième
sens le piège fonctionne grâce aux ellipses et aux fausses
pistes savamment ménagées par le réalisateur.
Les ellipses permettent de ne pas montrer Malcolm en tant que revenant .On ne
le voit jamais ouvrir la porte de la cave où il travaille et ses contacts
avec des vivants, excepté avec Cole, sont toujours suggérés
mais jamais montrés. Ce mode de récit serait sans doute rendu un
peu suspect sans certains détails destinés
à tromper le spectateur, par exemple ces deux regards fuyant en
direction de Malcolm de la part de personnages censés ne pas le
voir. La mère de Cole semble le regarder lors d'une rencontre
avec le jeune garçon. Plus tard c'est Anna, la femme de Malcolm,
qui, en sortant de table, jette un il vers ce qui, pour elle, ne
devrait
être que du vide.
La révélation vient au dernier moment, brutale, entrecoupée
de flash-back et de voix lointaines, bref, de tout ce qui aurait dû
permettre au spectateur de comprendre la situation dès la mort
de Malcolm. Elle rappelle, dans le principe et dans la forme, la révélation
de Usual Suspects (1995). Mais aussi celle de Psychose (1960)
d'Alfred Hitchcock, de La planète des singes (1968) de
Franklin Schaffner ou de Shining (1980) de Stanley Kubrick. La fin de
ces films est devenue une convention du genre. Mais, alors que dans Shining
la découverte d'une ancienne photographie vient ajouter à la
confusion (procédé
réutilisé par David Lynch dans Lost
Hightway, 1997),
dans Sixième sens, la dernière séquence est
une explication " rationnelle " qui boucle le récit
en renvoyant à la séquence initiale.
L'effet est jubilatoire car il force le spectateur à revenir sur tout
ce qu'il croyait être acquis. On prend soudainement conscience des procédés
machiavéliques de M. Shyamalan et des contraintes narratives et techniques
imposées au scénario : les silences embarrassés de Cole,
le jeu des regards, le travail minutieux sur la localisation des sons, etc.
Un des autres aspects propres au cinéma fantastique est la critique ou la caricature sociale. Ce cinéma conteste une réalité en faisant émerger des êtres, des mondes ou des facultés improbables, le but étant de faire vaciller nos convictions les mieux ancrées. Sixième Sens n'échappe pas à la loi du genre.
L'ironie porte sur plusieurs aspects de la société nord-américaine :
La critique porte donc sur un monde jugé trop conformiste (les rites sociaux) et trop rationnel (Malcolm qui juge Cole fou, le médecin qui soupçonne Lynn de battre son fils).