Match Point

Entretien

Pourquoi avez-vous construit Match Point comme un opéra, avec la voix omniprésente de Caruso ?

Je voulais faire un film clairement mélodramatique. Je sentais que c'était la meilleure façon de raconter cette histoire d'amour, de passion, de trahison, d'infidélité et de meurtre. Tout cela est très lyrique, non ? Et les musiques de Verdi, Donizetti, Bizet, Rossini sont comme un leitmotiv qui accentue la tension dramatique. Je voulais que Match Point explore tous les aspects d'un drame humain avec, à la clef, l'idée de chance ou de malchance. Par exemple, le hasard qui fait qu'une balle de tennis est bonne ou mauvaise suivant qu'elle passe ou non le filet. Pendant un quart de seconde, on ne sait pas si on a gagné ou perdu. C'est peut-être pour cette raison, que, dans la vie, tout le monde se souhaite toujours «bonne chance !» ?

C'est elle le juge-arbitre de l'histoire où la morale n'a que faire.

Bien sûr, puisque le hasard ou la chance sont des données que personne ne peut contrôler ! On ne peut rien y faire, ce qui donne parfois à la vie un goût amer, celui de l'injustice ou de l'amoralité.


Cette fois, au-delà de l'intrigue, vous insistez beaucoup sur les tensions sociales qui opposent les personnages en faisant du Marx tendance Karl. Pourquoi ?

Parce que les éléments économiques dans l'histoire sont importants. Je ne sais pas si cela à voir avec Marx mais l'argent, le pouvoir sont les leviers de l'ambition chez les personnages. On y voit un professeur de tennis d'origine modeste accéder à la classe sociale la plus élevée et prêt à tout pour ne pas retomber. Je crois qu'il n'aime pas vraiment sa femme mais est pris d'une passion pour Nola qu'il ne contrôle pas.

Du coup, il passe son temps à dissimuler, à mentir jusqu'à la fin, sans trop se sentir coupable. Comment fait-il ?

Je crois qu'il est comme beaucoup de gens qui peuvent parfaitement mener une vie normale après avoir commis des crimes atroces, et n'ont aucun problème de culpabilité. Ils ont même tendance à prospérer. On trouve le même type de personnage dans mon film Crimes et délits (1989).

C'est une vision plutôt pessimiste du genre humain ?

Je le reconnais mais je pense que, dans ce sens, mon film est réaliste. On a toujours dit depuis mes débuts que j'étais pessimiste, cynique, misanthrope. Je crois que cela se confirme !

Le Figaro, Entretien avec Woody Allen, 26 octobre 2005.

  • Etats-Unis - Royaume-Uni 2005
    120 mn

  • Réalisation : Woody Allen
  • Scénario : Woody Allen
  • Photographie : Rémi Adefarasin
  • Décors : Jim Clay.
  • Musique :John Williams
  • Interprètes : Jonathan Rhys Meyers (Chris Wilton), Scarlett Johansson (Nola Rice), Emily Mortimer (Chloe Hewett), Matthew Goode (Tom Hewett), Brian Cox (Alec Hewett), Penelope Wilton (Eleanor Hewett).
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