Ce simple accessoire ouvre (pour ainsi dire) et clôt le film.
- La première scène du film où nous ayons vraiment à faire à Marion est celle où elle refuse de porter le bonnet de bain de sa mère.
- L'ultime séquence comporte également un bonnet de bain.
- L'accessoire fait retour dans le film, il constitue une rime scénarique, à laquelle il s'agit de s'intéresser.
D'une scène à l'autre, c'est la totalité du
récit qui s'est jouée : et l'idée toute simple, c'est
que Marion a grandi, a changé. Il reste à voir dans quelle mesure.
C'est là que Poirier nous livre un indice fort, et nous donne accès à
la psyché de son personnage principal.
Elle enregistre un affrontement avec la mère :Marion refuse de porter le bonnet maternel, qu'elle trouve trop grand et, surtout, ridicule. La mère de Marion est d'abord dans le miroir : le miroir parle, et Marion refuse ses raisons. L'image de la mère et ses commandements sont intériorisés, intégrés en termes de conscience.
Mais Marion n'en est pas heureuse. Ce qui pose une question d'identité et de comportement : Marion est en quête, désormais, d'une maman qui lui donne autre chose, qui lui donne mieux, qui par exemple la fasse rêver. Audrey sera cette autre maman : un double, un reflet, une créature préalablement souhaitée, fantasmée.
Elle nous montre une autre petite fille, qui essaie de mettre son bonnet de bain, et qui finalement le laisse tomber. Et Marion la suit pour aller se baigner. Dans cette scène ultime, au bord de la mer, la mère est une compagne positive de Marion. Marion n'est plus en quête d'une autre mère, d'un double de sa mère, mais d'un double de soi, un modèle de son âge, qu'elle suit en laissant sa mère derrière.
L'épisode Audrey aura fonctionné dans la vie de Marion comme un moment d'impasse, une erreur de désir, une parenthèse de type merveilleux (où le double de la mère est une Princesse, ou une Reine généreuse, mais où manque le principe de réalité) : la fausse reine était une reine des ténèbres, et n'appartenait qu'au monde des Chimères qui a voulu posséder l'enfant.
Une fois la parenthèse refermée, l'enfant qu'est Marion peut à nouveau grandir. Grandir en se cherchant, pour se construire, des doubles, des amies hors du cercle familial, et à part de l'image et de la présence maternelles. Marion redevient sujet de son histoire : jusque là en proie aux mirages, elle n'était qu'objet du récit, des discussions entre adultes.