Le cauchemar que vit la famille Ferrier traduit le traumatisme qu'a subi la nation américaine le 11 septembre 2001, le sentiment de panique qui s'est emparé de sa population au lendemain des attentats. Les Américains qui n'avaient jamais connu les affres d'une invasion se sont aperçus, avec effarement, que la guerre pouvait être portée sur leur territoire, ou pire : que l'ennemi s'y trouvait déjà. C'est ce que capte Steven Spielberg quand il filme les visages figés, les corps pétrifiés des gens qui assistent au surgissement des tripodes. La poussière blanche qui recouvre Ray après qu'il a vu les envahisseurs, les photos des disparus sur les murs, l'avion qui a percuté la maison dans laquelle s'est réfugiée la famille sont autant de motifs que nous reconnaissons sans peine. David Koepp, le scénariste, insiste sur le fait que son récit constitue aussi une dénonciation de l'intervention des Américains en Irak, condamnée, à l'instar des extra-terrestres, à l'échec : « Les occupations ont toujours échoué », dit Ogilvy.
Mais Spielberg ne s'en tient pas là. C'est un inventaire des principales tragédies du 20ème siècle qu'il entend dresser. Sont évoqués toutes les situations d'exode (les files de gens jetés sur les routes), la guerre d'Algérie (par le biais du dialogue), Tchernobyl (à travers une émission de télévision), le sida (l'omniprésence du sang), le port d'armes aux Etats-Unis (autour de la possession d'une voiture).
L'anéantissement en masse des gens par les extra-terrestres rappelle à la fois l'extermination des peuples considérés comme des races inférieures par les nazis (la scène du train en feu qui fonce dans la nuit cristallise toute l’expérience des camps), ainsi que l’utilisation de la bombe atomique à Hiroshima (que rappelle la scène des cadavres qui flottent à la surface de la rivière). C'est dire que Spielberg place sur un même plan toutes les manifestations de la folie humaine, d'où qu'elles viennent, d'ailleurs ou des Etats-Unis. L'époque n'est vraiment plus au patriotisme : l'armée, malgré toute sa puissance de feu, ne sert à rien et il y a quelque dérision à la voir s'acharner sur des extra-terrestres qui ont en fait été vaincus par des micro-organismes. Il est désormais loin le temps où le super héros américain sauvait à lui seul la planète. Ici l’enjeu est beaucoup plus modeste : Ray Ferrier ne pense qu’à survivre, qu'à sauver ses enfants, même si pour cela, il doit abandonner une amie et son enfant, voire tuer.
Signalons que les extra-terrestres ne sont à aucun moment désignés
comme des Martiens et qu’ils surgissent de la terre, comme si c'était
elle qui leur donnait naissance, comme s’ils étaient en somme
des créatures terrestres. Pour Spielberg, il est clair que l'humanité
est entrée dans une ère apocalyptique : elle court à
sa propre perte, à la catastrophe. Son propos dépasse celui
de Wells. Il est conscient que les pulsions de destruction ne sont pas l’apanage
des puissants, mais une donnée fondamentale de l’être
humain.