Elevant seule son fils Frankie, âgé de 9 ans,
Lizzie vient de s'installer dans une petite ville du littoral écossais.
Pour que Frankie, atteint de surdité, ne souffre pas trop de l'absence
de son père, elle lui a expliqué que ce dernier est marin
au long cours. C'est une invention que Lizzie s'applique à rendre
crédible en écrivant régulièrement au petit
garçon des lettres prétendument expédiées par
son père depuis des pays exotiques.
Mais Frankie découvre que le fameux bateau de son père, l'Accra,
va bientôt accoster dans le port de Glasgow, à côté
de chez lui. Lizzie doit alors choisir entre lui dire la vérité
ou trouver un parfait inconnu pour jouer, l'espace d'une journée,
le rôle de son père.
Le récit repose sur l'échange de lettres entre Frankie et un père imaginé par Lizzie. Elle veut ainsi le protéger d'une vérité cruelle : son père véritable est un homme brutal et colérique. Mais ce dialogue épistolaire, exprimé en voix off au cours du film, répond à un autre besoin : c'est un moyen pour Lizzie d'entrer en communication avec Frankie, de connaître ses pensées, ses sentiments, de percer sa carapace de silence.
Lizzie a donc un comportement très protecteur vis-à-vis
de son fils, au point d'avoir fait de lui l'unique centre d'intérêt
de sa vie. Pourtant, la fin du film nous permet de comprendre que Frankie
est loin d'être aussi fragile que le croit sa mère. Sa dernière
lettre révèle au spectateur qu'il a compris le caractère
fictif de cette correspondance, dans laquelle il trouvait à la fois
un moyen d'évasion, et l'occasion d'un échange intime avec
Lizzie.
Un élément symbolique est utilisé par le réalisateur pour nous renseigner sur les personnages de manière indirecte. Ils permettent de nous faire comprendre leurs pensées, leurs sentiments, leurs rapports aux autres, etc. Le galet donné par l'Etranger et l'hippocampe qui fascine Frankie prennent, au cours du film, une signification que le spectateur doit interpréter.
Au début, Frankie est maladroit au jeu des ricochets. Au cours d'une promenade, l'Etranger lui donne un beau galet plat et lisse, que Frankie garde précieusement au lieu de le jeter. Ce galet représente pour lui le gage d'une amitié naissante, d'un lien avec cet étranger qu'il souhaiterait comme père. A la fin, son habileté aux ricochets témoigne d'un équilibre retrouvé grâce à la relation qu'il a noué avec ce père de remplacement.
Les hippocampes provoquent un vif intérêt chez Frankie : il en dessine un pour son vrai père qui va mourir et il donne à l'Etranger l'hippocampe sculpté qu'il cachait dans sa boîte à trésors. Il s'identifie à cet animal : comme lui, l'hippocampe est différent des autres, solitaire, muni d'une carapace et plongé dans "le monde du silence". Ce double cadeau constitue donc une message d'affection très intime pour chacun des destinataires.
La réalisatrice raconte avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse cette histoire dramatique d'une mère fuyant un mari violent pour protéger son fils handicapé. Elle a constamment cherché à maintenir une tonalité douce et mélancolique. Entoures les adjectifs qui peuvent s'appliquer au film ?
- les couleurs utilisées : agressives, vives, ternes,
beiges, bleues, criardes, gaies, délavées, vertes, froides,
chaleureuses, sombres.
- le type de lumière : vive, douce, naturelle, blafarde,
neutre, chaleureuse, brumeuse.
- la musique/les instruments : classique, moderne, pop,
mélodique, dissonante, rythmée, lente, piano, violon, guitares,
synthétiseur.
- les décors : encombrés, dépouillés,
citadins, maritimes, montagneux, riches, pauvres, contemporains, vieillots.
Shona Auerbach s'est inspirée de tableaux écossais pour créer l'atmosphère de Dear Frankie. Quelles ressemblances vois-tu entre l'image et le tableau présentés ci-dessous ?

Hard at it
Sir James Guthrie - 1883
Similitude de composition : personnages de dos au premier plan contemplant un paysage maritime, jouant sur le contraste harmonieux des teintes terreuses du premier plan et du bleu vaporeux du ciel.